mardi 13 janvier 2026

Piémont Pyrénéen

Piémont Pyrénéen


 Pour cette dégustation que j’avais organisée, je me suis un peu inspiré d’une dégustation de LPV78 sur les  Champagne et vins blancs des Pyrénées

Le nombre de bouteilles étant limité à huit et souhaitant axer la dégustation sur le Piémont pyrénéen, j’ai remplacé les Champagne par des rouges d’Irouléguy… Et je me suis limité aux vins de Jurançon et d’Irouléguy, mettant de côté Pacherenc du Vic-Bilh (dommage pour le domaine Laougué), Tursan, Saint-Mont et Béarn.
J’ai aussi privilégié de jeunes vignerons qui se sont rapidement fait une place parmi les domaines reconnus de cette sous-région.

La dégustation a été agrémentée d’un petit quizz qui, au-delà de questions plus faciles, ont permis à la plupart d’apprendre par exemple comment on prononce manseng (manssan, manssin, manssangue ou manssingue ?) et que l’AOC « Jurançon » ne comporte que des vins « moelleux » (en fait, le plus souvent liquoreux) et se distingue ainsi de l’AOC « Jurançon sec », contrairement à l’AOC « Vouvray » par exemple.

Le programme comportait donc quatre vins blancs secs, trois vins rouges et un blanc liquoreux, non servis à l’aveugle.
Mais auparavant, un vin mystère a été proposé, comme souvent, choisi pour son acidité permettant de préparer les palais aux vins blancs du thème de la soirée.


Domaine Bruno Cormerais - Muscadet Sèvre et Maine sur lie - Chambaudière - La Petite Série – 2023

 
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Une toute petite partie de cette cuvée est distribuée par « La Petite Série » sous le nom de « 20 000 Lies sous la Terre » et a permis de rappeler la formidable  dégustation d'Amphores sur les vins du domaine Bruno Cormerais au printemps 2023.
Le vin a été carafé pendant une demi-heure avant service.

La robe paille présente une certaine brillance.
Bien ouvert, le nez délivre des arômes floraux, quelques fruits blancs et des notes caillouteuses.
La bouche est encore plus axée sur la minéralité, en trame comme en aromatique. Un infime perlant en attaque est vite oublié au profit d’une trame droite et élancée. Au final, un vin qui a de la personnalité derrière une façade simple et agréable.
Bien ++ et à boire ou à attendre sans risque.


Domaine Espila – Irouléguy blanc – Espilako Xuria – 2024

 
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L’assemblage comporte 70 % de Petit Manseng (il y en a souvent plus dans les Irouléguy blancs que dans les Jurançon secs), 20 % de Petit Courbu et 10 % de Gros Manseng.
Le terroir est composé de grès rouge, de calcaire et d’ophite (roche magnétique).
L’élevage a lieu en cuves inox pendant 7 mois.
Le vin a été carafé pendant une demi-heure avant service.

La robe propose une couleur paille.
Le nez très expressif associe des arômes d’ananas et des notes fumées et pierreuses.
L’attaque plutôt souple est teintée d’arômes végétaux signalant un manque de maturité des raisins, puis c’est une grande acidité qui structure la bouche. La très longue finale, minérale et salivante, est soulignée d’un fruité croquant de citron mûr.
Bien ++ / Très Bien mais moins si on est réfractaire à l’acidité !
Une garde de quelques années supplémentaires pourrait / devrait l'améliorer.


Domaine Castéra – Jurançon sec – XIII – 2023

 
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Cette cuvée est collector ! En effet, victime du mildiou en 2023, avec 20 % du volume d’une récolte moyenne, Franck Lihour a décidé de réaliser une unique cuvée avec ce qui a pu être sauvé dans les parcelles de Tauzy, Caubeigt et Memoria, qui font d’habitude l’objet de cuvées parcellaires, en sec ou en liquoreux.
L’assemblage comporte ainsi 60 % de Petit Manseng (fort pourcentage, peu courant en Jurançon sec), 30 % de Gros Manseng et 10 % de Petit Courbu.
Les sols sont argilo-siliceux et l’élevage a été réalisé dans différents contenants en bois.
Le vin a été carafé pendant une demi-heure avant service.

L’or de la robe est relativement clair.
Le nez affiche avec une grande intensité des fruits exotiques, des fruits jaunes évoquant la pâte de coing, ainsi que des touches miellées et épicées. Très beau !
La bouche, au jus dense et doté d’une aromatique déjà patinée, est dotée d’une acidité mobilisatrice. La finale ravit par sa grande allonge et sa très belle salinité.
Très Bien + 
Ce vin en est au tout début de son apogée et devrait bien évoluer sur dix ans.


Domaine Hegaldaka – Irouléguy blanc – 2022

 
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Le triptyque de cépages est classique, avec dans l’ordre Petit Manseng, Gros Manseng et Petit Courbu.
L’élevage a lieu pour moitié en cuves inox et pour moitié en barriques de 228 l et 400 l.
Le vin a été carafé pendant une demi-heure avant service.

La robe se dévoile sous un or plutôt clair et brillant.
D’une bonne intensité, le nez montre d’abord une fine réduction grillée qui disparaît à l’aération dans le verre. Il se purifie en offrant une aromatique composée d’ananas, d’agrumes et de fruits confits.
Le profil de la bouche est en entonnoir, avec une attaque assez large et un cœur de bouche qui se resserre sous l’effet d’une formidable tension. L’aromatique s’équilibre entre fruité et minéralité et la longue finale conserve de la densité, en se focalisant plus sur des accents rocailleux nuancés de très légers amers salivants.
Très Bien (+) et pourtant moins bien appréciée que la bouteille bue en mars dernier, sans trop pouvoir l’expliquer ; peut-être que la cuvée XXIII de Castéra, plus confortable et riche, l’a un peu éclipsée.
Je reste néanmoins très confiant pour son avenir.


Domaine Arretxea – Irouléguy blanc – Hegoxuri – 2022

 
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Ce domaine chef de file en Irouléguy est en biodynamie.
La composition de cépages a une répartition très classique sur cette cuvée : 60 % de Gros Manseng, 20 % de Petit Manseng et 20 % de Petit Courbu.
Il s’agit d’un assemblage de deux parcelles, une de grès et une d’argiles et marnes.
L’élevage est réalisé en barriques de 600 l et en muids de 1 200 l.
Le vin a été carafé pendant une demi-heure avant service.

La robe est teintée d’un doré moyen en intensité mais très brillant.
Le nez nous gratifie avec générosité d’une aromatique séductrice et sensuelle : ananas, coing, épices, fleurs lourdes et même une sensation de truffe ! Pour un sec et en plus aussi jeune, c’est surprenant. En tout cas je kiffe !
La bouche affiche un superbe équilibre. Certes, elle est riche et concentrée, mais l’alcool est bien intégré dans la matière dense et apaisé par une acidité affirmée et mobilisatrice. La finale plus en finesse s’étire longuement sur des notes salines.
Très Bien +(+)
Les heureux détenteurs de cette cuvée pourront la déguster à loisir soit bientôt soit plus tard, pour complexifier encore plus son aromatique.


Domaine Amama – Irouléguy rouge – Egu – 2022

 
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L’assemblage réunit Tannat, Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon.
Le terroir comporte des grès, des argiles et des marnes.
L’élevage est réalisé en cuves inox.
Le vin a été carafé pendant deux heures et demie avant service.

La robe très sombre montre des reflets au violet prononcé sur le pourtour du disque.
Le nez bien expressif développe des arômes de fruits noirs et des notes de graphite, saupoudrés par une pincée de framboise.
La bouche assez dense est tenue par une forte acidité. L’aromatique, sur la prunelle, est en retrait par rapport au nez et participe à ce ressenti très acide. Les tanins assez saillants n’agressent pas le palais mais ressortent dans la finale.
Bien ++ et à attendre au moins trois ans pour que le vin s’assagisse, tant pour l’acidité que pour les tanins.


Domaine Goienetxea – Irouléguy rouge – Xingolei – 2021

 
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Ce duo Tannat – Cabernet Franc est réparti à égalité.
Le sol est constitué de grès rouges.
L’élevage a lieu dans des contenants variés : foudres, fûts et amphores.
Le vin a été carafé pendant presque trois heures avant service.

La robe est un copier-coller du vin précédent : très sombre avec des reflets au violet prononcé sur la frange.
Ample et expansif, le premier nez exhale des arômes de cuir et même animaux. Cette réduction s’amenuise fortement et rapidement à l’aération, pour faire apparaître du poivron mûr sur un fond de fruits noirs, le cassis notamment.
La bouche se montre plutôt austère, en aromatique et en structure, avec un manteau de tanins bien présents qui s’associent à une acidité assez haut placée. Celle-ci est surtout présente dans la finale qui, du coup, se prolonge longtemps. Ce tableau peut paraître négatif, mais l’ensemble n’est pas dénué d’une certaine classe et le binôme acidité – tanins est un gage de longévité. Je suis donc assez confiant sur son avenir et cela influence ma notation.
Bien ++ / Très Bien et sans doute plus dans quelques années.


Domaine Etxondea – Irouléguy rouge – 2020

 
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Il s’agit d’une cuvée monocépage de Tannat, issue d’un terroir de grès rouges.
La vinification comprend 2/3 de vendange entière et l’élevage dure douze mois en barriques anciennes.
Le vin a été carafé pendant plus de trois heures avant service.

La robe est bien sombre, un peu moins que pour les deux vins précédents, mais encore jeune.
Très généreux et complexe, le nez développe des fruits noirs, des épices, de l’iris, et même une touche de chocolat qui rappelle qu’il s’agit d’un millésime chaud.
La bouche fait preuve d’une belle charpente et de coffre, plus par la matière séveuse et charnelle que par les tanins qui se révèlent enrobants et presque soyeux. Une fraîcheur significative et frivole met en valeur le beau fruit. La finale s’apprécie par son allonge et sa finesse.
Très Bien + dès à présent car il apporte beaucoup de plaisir et il devrait encore s’améliorer avec quelques années de garde supplémentaires.


Domaine Camin Larredya – Jurançon – Au Capcéu – 2022

 
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Ce 100 % Petit Manseng est issu de vignes sur un sol de poudingues argilo-siliceux.
Il est élevé pendant dix mois en foudres et barriques et il comprend 90 g / l de sucres résiduels.
Le vin a été carafé peu de temps avant service.

La robe attire le regard par ses teintes vieil or et sa brillance.
Le nez délivre avec une grande intensité des fruits confits et des fruits exotiques, ananas et mangue, du coing et des arômes de cire et de miel, et même déjà de légères tonalités truffées.
La liqueur en bouche est superbe, parfaitement dosée, pas trop marquée ni insuffisante. L’acidité vertébrale est intégrée dans la matière mûre, dense et savoureuse, et guide la bouche en l’affinant. La finale de longueur XXL affiche une magnifique élégance tout en laissant le palais net et non saturé par le sucre.
Très Bien ++ / Excellent pour ce vin qui semble avoir fait l’unanimité.
Il est à boire pour lui tout seul et devrait se complexifier d’ici une dizaine d’années.

Cette gourmandise clôt avec succès cette dégustation bien appréciée dans l’ensemble, même si certains dégustateurs ont dû être un peu rebutés par l’acidité des vins blancs et de certains rouges.
Il est vrai que les vins étaient trop jeunes pour la plupart.
Au final, ce sont les vins des domaines les plus classiques qui l’emportent d’après moi (Camin Larredya, Arretxea et Castéra) mais les jeunes ne sont pas loin derrière !

En février, nous accueillerons un grand vigneron, Pierre Picot, qui nous présentera sa gamme du domaine du Chaillot sur Chateaumeillant.
À très vite !

Jean-Loup