mardi 17 novembre 2015

Vignoble de Pomerol





Le Vignoble : Pomerol

Le vignoble de Pomerol repose sur un sol fortement argileux où le cépage merlot s’exprime magnifiquement, et comme nulle part ailleurs. On produit ici un vin qui tranche, par sa rondeur et sa délicatesse, avec les vins, pourtant voisins, de Saint-Emilion. Par cette personnalité onctueuse et soyeuse, on dit souvent que les vins de Pomerol  sont les Bourgogne du Bordelais.

Le paysage viticole :
Pomerol est un plateau couvert de vignes entrecoupé de quelques routes et agrémenté de quelques arbres.

Les quelques 800 ha de l’appellation Pomerol occupent la totalité de la surface de la commune de Pomerol et environ 250 ha sur les terrasses moyennes et basses situées au nord-est de la commune de Libourne.
Il se prolonge à l’ouest de la route nationale 89 qui conduit à Périgueux et déborde au-delà de la voie ferrée qui relie Paris à Bordeaux.
La plus grande partie du vignoble est située à l’est de cette route à partir de laquelle il monte vers l’est sur un plateau qui culmine à 40m d’altitude. An nord-est, le vignoble s’incline vers la Barbanne, qui le sépare de Lalande-Pomerol. Vers le sud-est, il descend en pente douce jusqu’au ruisseau du Taillas, qui le sépare de Saint-Emilion.

Le Climat :
Le climat est celui du Bordelais, tempéré par la présence de la mer avec des hivers doux et des étés chauds.

Comme sur l’ensemble du département, le climat est tempéré par la proche présence de l’océan. Les hivers sont assez doux et humides, les printemps précoces et les étés relativement chauds. Durant la période estivale, des orages parfois violents entrecoupent de longues périodes de sécheresse. L’automne, qui se prolonge tardivement, est le plus souvent ensoleillé et permet une parfaite maturation des raisins. La presque totalité du vignoble de Pomerol est implantée sur un plateau bien drainé et bénéficie de ce fait d’une exposition totale au soleil du matin au soir.



Sols et sous-sols :
Bien que de petite taille, le terroir du vignoble de Pomerol n’est pas homogène, et les différents secteurs de l’appellation présentent des contrastes dus notamment à la régulation hydrique.

Sur l’ensemble du vignoble bordelais les sols présentent une importante diversité, tant au niveau de la région qu’à celui des différentes appellations régionales et communales.
Pourtant relativement peu étendu, le vignoble de Pomerol n’échappe pas à cette règle et différents secteurs peuvent y être déterminés. Sur chacun de ceux-ci, le cépage merlot ainsi que le cabernet-franc dans une moindre mesure s’expriment dans toute leur plénitude et révèlent la diversité des vins que l’on y produit.
(Le vignoble de Pomerol est implanté à l’est  de la rivière l’Isle et sa confluence avec la Dordogne, dans un bassin qui présente un dimorphisme de versants très marqué. Sur la rive droite de l’Isle, où est situé le vignoble de Fronsac, on passe directement de la zone humide des palus du lit majeur de l’Isle aux collines qui surplombent la région, à une altitude de 40 m.
Les études géologiques récentes  considèrent que le substrat des alluvions quaternaires de la haute terrasse serait à rapporter aux matériaux de l’ère oligocène que l’on désignait préalablement sous le nom de sables et d’argiles du Périgord. Les célèbres argiles de la boutonnière de Pétrus seraient rattachées à cette formation.
Quatre terrasses fluviales sont représentées  dans le vignoble de Pomerol : la haute terrasse du Günz et trois moyennes terrasses rattachées au Riss. Les matériaux que l’on y trouve, et qui proviennent du Massif Central, sont des sables, des graviers et des galets recouverts d’une pellicule rouge d’oxyde de fer, (de forme souvent allongée et de 2 à 6 cm de long, selon les secteurs).L Ils sont formés, le plus souvent de quartz blonds, de silex noirs et blonds, ainsi que de roches métamorphiques et de granites.
Sur la haute terrasse, la texture grossière de ces alluvions témoigne d’un débit extrêmement élevé des cours d’eau qui les ont déposées il y a un million d’années lors du Pléistocène inférieur. Cette imbrication de terrasses, d’âges distincts et d’épaisseurs variables, se traduit par des superpositions brutales de matériaux différents qui donnent naissances à des sols diversifiés.

Les terrasses rissiennes : sable et petites graves :
Dans l’ouest de l’appellation se succèdent les moyennes terrasses sur lesquelles se sont développés des sols bruns profonds à texture grossière, c’est-à-dire composée de sable grossier, de graviers et, localement, de petites graves de couleur ocre. On y rencontre également des sols bruns faiblement lessivés qui, comme leur nom l’indique, sont caractérisés par un entrainement de l’argile et son accumulation dans les horizons de profondeur. Ce phénomène de lessivage, superposé au processus de brunification, est fréquent sous les climats de type océanique.
La proportion importante de sables grossiers confère à  ces sols une porosité élevée. Leur capacité de rétention d’eau est faible et le drainage naturel vertical assez rapide. Dans ces terrasses, où la nappe phréatique est profonde et la fertilité réduite, la vigne peut étendre son système racinaire sur plusieurs mètres de profondeur et bénéficier ainsi d’une alimentation en eau satisfaisante, même au cours des périodes estivales les plus arides.

Les sables gris et la « crasse de fer » :
Dans les parties sud et ouest de l’appellation se sont développés des planosols lithomorphes profonds. Il s’agit d’une couverture de sable gris d’une épaisseur moyenne de 1 m, reposant sur un horizon profond argilo-sableux. On note presque toujours, au niveau de cette transition texturale, la présence d’un horizon blanchi, témoin d’une circulation préférentielle de l’eau avec une accumulation de taches rouille de réoxydation du fer et de nombreuses concrétions ferromanganiques. Ces concrétions, dénommées localement « crasse de fer » ou « mâchefer », sont traditionnellement considérées comme favorables à la qualité du vin et proviendraient d’une pédogénèse ancienne, ce qui est en relative contradiction avec leur forme anguleuse. Ces modules résulteraient plutôt des conditions hydriques particulières de ces sols (nappe temporaire en saison humide).     
                                                                                 Cartes des graves étagées de Pomerol
Les bénéfices que tirerait la vigne de ces concrétions ferromanganiques restent incertains, mais il semble que les conditions de leur formation (abaissement de la nappe d’eau et oxygénation du sous-sol au cours de l’été) correspondent à un régime hydrique favorable à la production de raisins de qualité. La science n’a donc pas révélé l’alchimie de la « crasse de fer ».

Le plateau de Pomerol : graves et argile.
La partie centrale de l’appellation, située sur le plateau de Pomerol, est constitué par des sols bruns à texture gravelo-sableuse caractérisés par une proportion importante de graviers et de cailloux. L’abondance des graves est variable selon les secteurs ; les sols les plus caillouteux sont situés sur la frange nord du plateau. Ainsi, à titre d’exemple, une coupe d’un sol particulièrement graveleux révèle en moyenne 65% d’éléments grossiers dans les trois premiers horizons et 78% à partir de 2m de profondeur.
L’enracinement de la vigne est souvent limité au premier mètre en raison d’un horizon plus compact en profondeur (galets enrobés d’argile), ce qui marque une différence par rapport aux sols graveleux que l’on peut observer dans le vignoble du Haut-Médoc.
Le drainage naturel est très important en surface en raison d’une grande porosité de la terre fine. Pendant la période estivale, la vigne subit quelquefois de fortes contraintes hydriques qui sont un véritable stress, tant la réserve d’eau est faible. Ce sont presque exclusivement les pluies qui réhumectent les horizons de surface pendant cette période. Par ailleurs, les cailloux clairs, quartz et silex, souvent volumineux réfléchissent la lumière et la chaleur sur le raisin ; ils jouent également un rôle « tampon », mais de courte durée, pendant les rafraîchissements nocturnes.
L’épaisseur de cette haute terrasse est par endroits restreinte, et l’on peut observer, à des profondeurs variables (30 à 60 cm en moyenne), les formations argileuses de la base de l’Oligocène. Dans ces situations, le comportement des sols est directement régi par leur texture différenciée : la couverture graveleuse issue de la terrasse quaternaire repose directement sur le substrat tertiaire composé d’argile lourde, compacte, de couleur bariolée gris clair et jaune rougeâtre.
Ces sols constituent une originalité dans le Bordelais (l’analyse granulométrique révèle jusqu’à 70% d’argile dans les horizons de profondeur). Des analyses minéralogiques des argiles par diffraction des rayons X, mettent en évidence deux principaux types d’argiles peu gonflantes avec une dominante d’illite ; d’autre part, à l’est de l’appellation, des argiles surtout constituées de smectites (argiles gonflantes). La quasi-absence de la couverture graveleuse dans la partie sommitale du plateau laisse affleurer les « argiles de Petrus ».  La qualité exceptionnelle des vins issus de ces terroirs peut être expliquée par le fonctionnement hydrique très particulier de ces sols qui permettent une très bonne maturation du raisin. Ainsi, en raison de la texture très fine des argiles qui retiennent l’eau énergiquement, les flux hydriques restent très faibles au sein du matériau. En revanche, les radicelles colonisent les fentes de retrait de l’argile, en période estivale, et exploitent ainsi un volume de sol d’autant plus important que la sécheresse est grande. Après réhumectation, le gonflement des argiles rend le sol totalement imperméable. Ce fonctionnement est mis en évidence par l’abondance du chevelu racinaire entre les faces des polyèdres structuraux profonds ; la plupart des racines sont aplaties, écrasées en forme d’arêtes de poisson et nécrosées. Ces radicelles meurent durant la période de repos hivernal, puis se développent de nouveau en été. Ainsi, l’alimentation en eau de la vigne n’est jamais excessive, ni jamais trop déficitaire.
Dans le vignoble de Pomerol, le matériel alluvial présente une grande hétérogénéité due au hasard de la sédimentation ; c’est la raison pour laquelle les sols  de l’appellation se révèlent très différents. En dépit  de la grande diversité » du terroir, les vins de Pomerol restent toujours d’un très haut niveau qualitatif. Leurs caractéristiques organoleptiques, certes différentes chaque année, peuvent être mises en parallèle avec la nature des sols, puisqu’elles se retrouvent presque systématiquement d’un millésime à un autre.

Dans l’état actuel des connaissances, il ne s’agit que d’un constat. A l’exception des particularités des régimes hydriques, maintenant bien connus, et des principaux facteurs intervenant sur la vigueur de la vigne et son rendement, il n’est pas encore possible d’expliquer finement les différences aromatiques et gustatives que l’on décèle nettement dans les vins par des études de sols grossières.
La conjonction de plusieurs facteurs naturels, mais aussi humains, tels le savoir-faire ou l’héritage culturel, conduit à une bonne maturité du raisin et à l’élaboration de grands vins. Dans un ensemble de typicités variées, il existe néanmoins une filiation commune entre les vins de Pomerol : leur homogénéité dans la qualité, ainsi que leur caractère chaleureux et giboyeux.


Les Cépages :
Le cépage merlot trouve sur les sols argileux de Pomerol les conditions favorables à sa pleine expression.

Même s’il lui arrive d’être accompagné des deux cabernets, à Pomerol, le merlot est roi.  Les racines de ce cépage, qui n’aime pas les grandes sécheresses, trouvent  sur les sols argileux de Pomerol une alimentation en eau suffisante pour permettre le développement de la végétation.
Bien qu’il ait trouvé son implantation la plus aboutie dans ce vignoble, où il exprime fidèlement toutes les nuances du terroir, son histoire avec Pomerol est récente. Les premières mentions de sa présence remontent au début du XXème siècle, où il a pris la place du bouchet (cabernet-franc) et du noir de pressac (malbec).
Il produit des vins à la robe profonde et foncée, bleutée, aux aromes de fruits rouges et noirs, dans leur jeunesse, et souvent de truffe noire après vieillissement. Faiblement acide, ses vins sont tendres, délicats, ronds et toujours de bonne garde.


Les vins :
Si tous les vins de Pomerol se distinguent de leurs voisins par une personnalité bien marquée, on produit ici comme ailleurs autant de types de vins qu’il y a de sols.

Sols bruns sableux à petites graves :
Les vins issus de ce type de terroir sont marqués par des couleurs d’intensité moyenne, parfois ternes et évoluant assez rapidement, avec le vieillissement, sur des robes aux nuances cerises, saumonées ou tuilées.
Leur bouquet est le plus souvent immédiat et sans réserve, marqué par des notes animales et parfois giboyeuses, de viande mais aussi de cuir. Ils peuvent également, durant leur jeunesse, développer des arômes  de fruits rouges et noirs, de groseille, de cassis, avec, au cours des millésimes chauds, des odeurs de fruits confits et de confiture.
Ils  sont en bouche caractérisés par une structure relativement légère. Ce sont des vins rectilignes et souples avec, en fin de bouche, des tannins légers, murs et fondus après vieillissement. Lors de leur jeunesse, ils peuvent présenter en fin de bouche, des tannins fermes et sévères, se traduisant par une légère amertume. Lors des millésimes pluvieux, les vins issus de ces terroirs sont le plus souvent minces, fluides, souples, mais sont appréciés pour leur simplicité, leur fruité, leur élégance et leur délicatesse.

Sols sableux sur sables argileux :
Les vins produits sur ces sols sont identiques à ceux provenant des sols brun sableux à petites graves, avec un peu plus de consistance. Leur structure légère laisse parfois apparaître un caractère alcooleux, et ils peuvent, lors des bonnes années, se révéler capiteux et chaleureux. Malgré une acidité faible ils ne sont pas mous. Bien au contraire, ils restent assez nerveux et possèdent par ailleurs une grande fraîcheur aromatique, marquée par des arômes de menthol et de réglisse. Ce sont des vins immédiats, charmeurs, d’un abord facile et qui sont très appréciés.

Sols brun gravelo-sableux à grosse graves :
 Les vins que l’on produit sur ce type de sols sont caractérisés par une robe grenat sombre à rubis plus ou moins intense selon le millésime et la vinification. Durant leur jeunesse, ces vins ne se révèlent aromatiquement que de manière discrète. Ils restent réservés et fermés, et ont besoin d’aération en carafe pour se révéler. Lors des bons millésimes, on note dans les vins jeunes des arômes de raisin cuit, et même de raisins secs lors des grandes années. Lorsqu’ils ont atteint leur apogée, ils développent des odeurs de bois exotique, de cuir, de café et de fruits à noyaux d’une grande élégance.
Ils se distinguent le plus souvent par une charpente ferme et rigide avec, en finale, des tannins anguleux et fermes, qui leur confèrent, lorsqu’’ils sont jeunes, une bonne astringence avec une amertume assez marquée, serrée et longue. Ce sont des vins austères durant leur jeunesse, qui ne se révèlent qu’après une dizaine d’années de vieillissement, et parfois même davantage. Lorsqu’ils ont atteint leur plénitude, ils développent des notes mentholées, des arômes de violette, assez traditionnels de l’appellation,  d’écorce d’orange, d’amande grillée et de cerise en fin de dégustation. Ce sont des vins amples et frais, et longs en bouche. Après vieillissement, on peut noter des odeurs d’épices, comme la cannelle et la vanille, de tabac et de fumée. Ils possèdent également des arômes dans le registre des nuances animales et giboyeuses, et parfois même des odeurs minérales d’une grande élégance comme celle de la terre humide.
Ce sont des vins au bon potentiel de garde..

Sols graveleux peu profond sur argile :
Ces vins sont caractérisés par des robes de couleur pourpre, sombre et profonde, bleutée durant leur jeunesse. Les arômes qui s’en dégagent sont puissants et d’une très grande complexité. Dans les vins jeunes, on décèle les odeurs de fruits comme la framboise, la mûre et le cassis et après vieillissement, on y trouve des notes animales et giboyeuses puissantes, d’une grande élégance et fort complexe. Dans cette riche diversité olfactive, on peut distinguer des odeurs de truffe noire, de cigare, de café, de goudron et de charbon.
En bouche, ce sont des vins ronds et amples, mais également bien charpentés, charnus, parfois souples et élastiques.
Ces très grands vins ont pour originalité de présenter des caractères veloutés et soyeux, grâce à leurs tannins bien enrobés et délicats.
Ils sont le plus souvent de très longue garde.


Classement des crus de l’AOC Pomerol :
En dépit de plusieurs tentatives, dont une pendant la guerre, les vins de Pomerol ne peuvent se prévaloir d'un classement officiel. Cependant, une certaine hiérarchie peut être dégagée mais sans caractère officiel.  
Il est aussi intéressant de se référer au « Guide vert de la RVF » (Edition 2016) qui à partir de sa notation laisse entrevoir une hiérarchie.
Soit :

3 étoiles :
Château L’Eglise-Clinet,
Pétrus,
Château Trotanoy.

2 étoiles :
Château Clinet,
Château La Conseillante,
Château L’Evangile,
Château Hosanna,
Château Le Pin,
Vieux Château Certan,

1 étoile :
Château Beauregard,
Château Le Bon Pasteur,
Château Bourgneuf,
Clos l’Eglise,
Château du Domaine de l’Eglise,
Château Feytit-Clinet,
Château La Fleur-Pétrus,
Château Le Gay,
Château Gazin,
Château Latour à Pomerol,
Château Nénin,
Château Le Moulin,
Château Petit-Village,
Château Rouget,
Château La Violette.

Notés sans étoile :
Château Bonalgue,
Château Certan de May,
Château La Clémence,
Clos du Beau-Père,
Clos du Clocher,
Château La Croix de Gay,
Château Lafleur du Roy,
Château Montviel,
Château La Pointe,
Château Vray Croix de Gay.


Quelques chiffres :

- Superficie : 800 ha
- Production totale : 37000 hl/an


Sources :              >>  Grand Atlas des Vignobles de France (Benoît) (Edition 2002)
>>  Guide RVF : Les meilleurs vins de France (Edition 2016)

NB :  Pour tous les curieux et (ou) passionnés par les vins de Pomerol, essayez de vous procurer le livre « Pomerol » dans la collection « Le Grand Bernard des Vins de France » de Bernard Ginestet et édité par Jacques Legrand. Sa lecture vous passionnera.



Cfa le 28.02.2017

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